Sur les sièges rouges du cinéma – les paupières closes au point d’être plissées
les doigts crispés sur l’accoudoir
– à l’écran, les années 80, les Lesbiennes à Lesbos comparent leurs cicatrices d’hystérectomie-
J’ai même pas la vingtaine et, pourtant, mes ongles se plantent dans cet accoudoir de faux velours rouge comme j’aimerais qu’ils se plantent dans mon abdomen.
Depuis plus de mille jours
J’erre.
C’est un cauchemar sans fin, cette présence dans mon ventre.
Depuis plus de mille jours
Je me réveille tous les matins
Avec du sang sur les cuisses
Je suis la plaie
Et un couteau manqué
Je veux être un couteau.
Mes doigts sont passés un nombre incalculable de fois sur cette ligne qui descend de mon nombril jusqu’à mon pubis
Et chaque fois je rêve que ma pulpe se transforme en lame.
Je passe chacune des couches – l’épiderme, les muscles, et puis
La Chose
La mort
J’ai grandi la mort au ventre
Héritage utérus
Mort.e en couches
Accouche d’un viol
Et l’emprise
Depuis qu’on me regarde comme une petite fille, j’ai la mort au ventre.
Depuis qu’on me demande si j’ai un amoureux, j’ai la mort au ventre.
Et puis un jour, le compteur s’est déclenché.
C’est le jour où son corps est venu appuyer sur la mort.
Et je suis resté là, roulé en boule sur le matelas de sa chambre orange
C’était la première fois qu’on venait appuyer sur la mort dans mon ventre.
C’était pas la dernière.
J’ai mis longtemps à comprendre qu’on appelle ça un viol.
Parce que les viols, ça n’arrive qu’aux autres
Moi, je devais vouloir.
Quand il y a la mort dans l’ventre, pourquoi ne pas vouloir ?
Quand iels appuyaient sur la mort, c’était comme si j’avais enfin le droit de sentir sa présence.
La mort dans mon ventre, c’était une ampoule.
Le genre d’ampoule qu’on méprise et oublie chaque fois qu’elle est éteinte.
Je n’ai eu le droit de dire « il y a une ampoule dans mon ventre », que quand elle était allumée.
Et pour l’allumer, iels me violaient.
Alors j’ai cru vouloir les viols.
J’ai eu la mort dans mon ventre jusqu’à mes 20 ans.
La mort, elle a la forme d’un utérus.
C’est comme, le potentiel d’un corps à l’intérieur du ventre – et la certitude de perdre
tout.
Même son propre regard.
La mort au ventre, elle donne le regard vide.
Et moi j’aime trop voir.

Alors après plus de mille jours, enfin, il y a eu le scalpel sur ma peau puis mes muscles, mes muqueuses.
Pour la toute dernière fois, un homme a eu la possibilité d’appuyer sur la mort dans mon ventre. Je ne saurai jamais si il l’a fait.
Mais je sais qu’il l’a enlevé.

Cette mort qui se transmet de génération en génération, elle s’arrête avec moi.
J’ai cicatrisé seul. C’est mon corps qui l’a fait.
Mon corps a pansé la mort.
La mort n’est plus dans mon ventre.
Et maintenant je sens les cicatrices sous mes doigts.

Chaque fois c’est la vie qui pulse dans ce repli de peau qui me rappelle le vide
et je rejoins le clan de ces Lesbiennes qui comparent leurs cicatrices

Comme le sceau du fait que mon corps n’est plus mort
Comme le sceau du fait que j’ai construit sculpté ce corps

Jusqu’à ce que ces viandes de femmes qui me hantaient – alchimie –
sous mes doigts deviennent moi
Le bûcher aux sorcières
Carbure à l’hydrogène de ma viande de femme
Jamais plus femme, mais à jamais sorcière.
Aujourd’hui, il n’y a plus ni mort, ni viandes de femmes dans mon corps
Ne reste que leurs fantômes Qui flottent dans mes pas

Et dans l’espace de ce corps vorace de vivre se profile enfin, à nouveau, le désir.
Emboîte le pas du désir, bien sûr, toujours,
La Honte.
Hurle.
hurle dans la pierre,
La douleur que c’était.
hurle le sang.
hurle-le fort.
Hurle terre ruse
Terminus
Poignard poignant
Pandore
Poignant poignard
Qui s’est forgé en moi
S’endort
Il a fallu hurler. Hurler un long moment après son départ d’ablation pour finir de purger.
Après plus de neuf mois à hurler les entrailles
,enfin, je me suis tu.
Et le corps, par écho, a répondu.
Et le corps par écho
M’accable de l’éros féroce
Et rafle.
Il est temps
de terrasser la honte
et de cramer l’impasse.

Par la fenêtre il y a ce lampadaire qui date de l’époque où l’électricité était une fée et un fil de cuivre.
Il a l’air en tout cas, il a les courbes et les volutes enivrantes.
L’ampoule ambrée n’a pas dû être changée, parce qu’on voit qu’elle brûle.
Il y a comme l’atmosphère qui se déforme, autour de cette ampoule.
Une aura. Un éther.
Quelques mythes et lépidoptères fades volent autour d’elle.
Eux fascinés – elle façonne.
Le manège dure longtemps
Une iris et une pupille
les suivent
Même si les lèvres de ce visage semblent déconnectées
Quelques secondes – les cils et les ailes battent
– Paupières et membranes rebondissent –
En un instant – violent – tout s’enchaîne
presque prémices d’incendie :
une étincelle – un trait de fumée – une minuscule odeur âcre
la pupille
se dilate.
Le lépidoptère gris est morne – gis au sol.
La mort comme sentence pour avoir eu l’audace de toucher la lumière
lèvres suspendues – visage unifié – reconnectées au circuit optique par le cyclone qui n’existera pas
Il y a comme un mouvement du corps pour aller voir la scène de crime, mais c’est au dehors tout ça.
Entre les pierres froides de l’immeuble haussmannien, la toile de sons que tissent les lèvres par la voix
exige
qu’on ne parte pas.
Alors, le regard toujours fixé sur le lampadaire-fée-mortel,
le corps perché sur un tabouret de bar continue de parler
aux quelques mythes et papillons de nuit qui lui tournent autour – corps d’hommes.
Manège coordonné par la voix –
La toile en Core tissée
– c’est comme une arachnide qui chasse machinalement dans ce salon aux lampes tamisées de fin de soirée –
chasse machinale
même si corps et esprits seront fades
chasse machinale pour ne pas perdre le pli
chasse machinale sans enjeux.
Sous le vernis manichéen,
le corps perché de l’arachnide ressemble presque à une jeune fille
naïve, pétillante et fragile,
avec la bretelle de son haut noir qui glisse le long de son épaule.
Sous le vernis manichéen, les corps d’hommes qui lui tournent autour semblent synonymes de trépas.
Mais le corps perché n’a de jeune fille que la silhouette.
Toute sa chair
est danger
Sur la toile – funambule – l’arachnide tremble et semble
frêle
Sous le voile – manipule – prendre leurs cœurs à corps perdu
défaillance artérielle
La chair danger du corps perché vient d’achever sa mue.

Seule marque de la mue –
Un tube de rouge à lèvres acheté il y a quelques années
traîne, innocemment sur la commode.
Tube de rouge à lèvre intact.
Proche de sa date de péremption, mais intact.
Il a refait surface,
Alors que sous la peau quelque chose s’est remis à pulser.
Une main s’en saisit, il roule entre les doigts
C’est un objet lourd. Lent. Puissant.
Un ‘claque’ discret et délectable retentit.
Le pigment glisse en dehors de sa coquille et, enfin,
atteint les lèvres.
La même forme qu’une balle de revolver, et la texture inverse.
La courbe irrégulière et floue de ce revers de bouche, de ce rebord de lèvres, se teinte de bordeaux poudreux.
La chair danger se donne des airs
– jamais femme mais fatale à jamais
Le rouge à lèvres a refait surface
s’ouvre
la chasse.

Corps d’un lépidoptère sur le divan. Ennui mortel mais.
La toile a fait effet.
« J’ai beaucoup dragué le fond tu sais ?
Tire une carte. »
« … »
« Quelle couleur ?
Pique, ou Coeur ? »
« … »
« J’ai dragué le fond d’la scène.
J’y ai trouvé de la crasse et des corps. »
« Cœur. »
Sourcils froncés. Sorcière outrée.
Le cœur, cette forme de cul, cet affront absolu. El le tourne et le plante dans la jugulaire du corps taciturne qui lui fait face.
Chasse machinale – proie fade.
Comme prévu.
L’as de pique en poignard dans ses mains.
Regard qui suit, le sang qui coule.
Essuie la lame sur sa cuisse.
Rengaine le faux cœur faux-cul – impatient d’un combat plus palpitant.
Dépose ses faux cils pour faucher la prochaine victime.

Ennui de vivre – Envie de nuire
Encore une fois on sort déçu. En sueur et déçu.
Le corps des lepi-d’antrop-tères a cette saveur moite qui écœure et dégorge
Comme tous les carburants

Guet-apens dors au cœur de l’arachnide – métamorphe et gigogne
Sous l’averse bouillante qui fait cuire la chair et coagule le sang, quelque chose gronde.
La peau s’étiole et s’enlise – les écailles font surface
Drame ou dragon, qu’importe – entrailles en flammes
Si on a surplombé et plombé le lépidoptère morne : carcasse n’est pas trésor.
Gardien du décor grogne, avide et affamé de joyaux et de gemmes
se contente pour l’instant de tirer sur ses chaînes
Polyphage d’un songe – le dragon rage veut troquer l’orage rauque pour le corset craquelé – corps se prélasse sur les entraves
brisées et mues en or
Alchime sur l’échine
À force de chasser
L’impasse crame est consumée – le dragon crame oisif lâche
Et le lest et la Hargne
Guet-apens à rebours – si la lumière ambrée de la toile et la voix abrite
le Dragon les entraves le brûlant
le Sanglant le coupant
Preux chevalier réalise vite que l’insatiable essence est insaisissable.
Preux chevalier de rage saisit touche et tranche la chair.
Preux chevalier ira bientôt rejoindre le lépidoptère.
Sourire carnassier comme rouge sur lèvres du dragon qui dévore
adrénaline du sang versé
il y aura sûrement d’autres chevalier
.e.s

Guet-apens à revers – de l’autre côté – toile et voix – el y a
Le voile.
La toile froide – lumière de phares artificiels
– est emperlée de pluie
À son centre arachnide – areignée
S’est condensée en pierre
– du moins Chevalière croit
le corps façonné et son profil en hanches en mains en seins semble scintiller
enveloppe d’éclats translucides – protège chaque centimètre
Chevalière dur comme fer pense « sucre » en voyant les éclats et Chevalière y pose les doigts
C’est du verre en morceaux
et ses doigts en lambeaux
Chevalière, comme les autres, m’a cru en sucre.
Mais je suis areignée acharnée et de béton armé.
Je ne fonds pas sous la pluie. Je l’étais. Et je me suis condensé.
Pas condensé en pierre, mais condensé en stone*. Chevalière y était presque.
Je suis stone.
Béton bitume bottom.
Stone pavé emperlé plutôt que l’averse forcée de soigner de toucher.
Je suis stone, sans butch blues.
Stone bottom mais stone quand même.
Malgré les paillettes les fards et les reflets, je suis stone.
Chevalière m’observe.
Constate mon béton stone dans ma poussière de verre,
Et s’y saigne les doigts
sans me salir.
Chevalière vivra.
Parce que Chevalière effleure ma poussière de verre,
Chevalière vivra.
Parce que Chevalière a compris qu’à chair de pierre : on se soumet. On honore et on sert.
Parce que Chevalière sait qu’on n’use pas la pierre – qu’on la laisse nous user.
Chevalière vivra.
Sans désarroi Chevalière pourra
me faire captive ou courroie :
Je déciderai – adroit –
’instant précis ’intensité exacte
ses doigts – mes parois –
Chevalière et moi
explorerons
Ex-trémité inter-stice entre-vide
Rejet rigide de la cage existante
in the gutter between the boxes

Quelques écailles miroitent – reptile sans répit – sur le corps pierre et poussière de verre
Puis l’enveloppe fissure – géode au ventricule de grenat
Des traces d’abrasions – mue impure – inclusions
Gemme perspicace est éraflée
Entroublée par l’encre sur ses doigts
Phalanges crispées d’écrire
Plombée par les pistoles errantes
Qu’El tendra à Charon pour aller vers l’affront
Au fin fond des enfers

Chair toi,
Ma plus insidieuse toi,
Je t’écris depuis corps perdu et une croix sur le cœur
Et mue et moi toujours
Je brode cette lettre dans la doublure de ma peau
-tu me liras – soit – quand je t’aurai dans l’épiderme – soit – quand tu me l’auras fait – la peau-
Et comme je connais ton attention au détail, je vais y mettre un peu de moi.
Le diable se drape déjà en dignité Prada : mes détails, eux, ne seront rien que pour toi.
Et cette lettre sera – paradoxal, je sais – un petit peu décousue.
Elle est dure à sortir, l’acide épice solaire, un peu brute un peu bête, qui rongera la lithosphère pour arriver sur tes papilles d’enfer.
Avantage frugal – Pandore est corrosive – plus on écrit plus ça s’étoffe
depuis que j’ai ouvert l’écrin des désirs – iels dévorent – vulnérable
Sous ta pulpe qui me lit en braille, le fil de mes mots et le fantôme de l’aiguille qui les a placés là se fondent parmi les résidus de plaie.
Je sais que tu sens
Sur la graisse
Ancrés les croix
Les ex-seins – cicatrices
Je sais que tu sens
Sur l’abdomen béant
Sceau sculpté en stigmate
La serrure sécatrice
Comme une croix sur le cœur
Comme un sceau sur la peur
– pourtant
je veux qu’on fasse l’amour aux marques sur mon corps, aux résidus de mort
On m’a raconté que dans les confrontations entre ennemis, la vérité crue et le désir sortent.
Je capte.
Quand tu veux buter l’autre, t’as pas peur qu’il te juge.
Je sais qu’il y aura toujours ta lame sous ma gorge
avant tes lèvres sur mon cou.
Je sais qu’il y aura tes cordes tendues
sur ma silhouette d’alto,
sans que ta langue approche mes ouïes.
Ennemie secure strangule superbe.
Tu sais,
Il n’y a que la mort, la vraie, celle avec une cape une faux et une aura, qui me prend quand elle veut.
Maintenant qu’elle n’est plus en moi.
Maintenant que tu n’es plus en moi, Perséphone
tu me plaques comme une affiche au mur.
un peu brute un peu bête -je t’avais dit – en bref ébranlable
Tu vas je crois – me battre à plate couture
Et je crame d’impatience de craquer sous tes dents – grains grenat
Tout contre ton palais
Drapé dans tes gencives
Prends garde à la grenade qui passe sur ses lèvres une balle de revolver – rouge à lèvres révolu
Avide de vivre, vorace de tout
ces récits que je n’ai jamais vécus
Surtout
l’abattre.
Transfuser la mort ou la réverbérer.
Incarner – bras armé – matrice malédictoire
et anti-maïeutique.
Tantale – c’est juste au bout de l’ongle de mon majeur tendu – rien sur quoi refermer une articulation, mais tout sur quoi écrire.
Regard perçant dans l’espoir de te voir,
Je t’attends.
Grenat Raflé,
pour vous pourfendre.

Porte grimaçante de métal ciselé en plis déployée
quelque chose bringuebale
L’index pressé sur le bouton du treizième sous-sol de l’ascenseur
C’est un ascenseur lent au ventre ouvert à tous les vents,
par le judas
Murs mue – défilent
Les strates lentement dépecées
S’étirent
Les boyaux lampadaire
– résine brûlante où s’emmêlent les fades ailes de lépidoptères
Les toiles machinales,
nonchalante haletante chasse
Le hurlement grinçant
des contrepoids d’écho
Le pigment révolté
de lèvre hémorragique laissé là par la rouille
Les poignants poignards
– draconesques crocs qui rongent –
La chair de pierre
– poussière verre en courroie – déchirée en géode
L’aspirante et motrice malédictoire matrice
Et ses traits de victoire
une forme de rainure
Entre de lourds pavés
Un rempart se dessine
La porte palière s’ouvre

Extérieur nuit
Deux silhouettes
-comme tranchées au scalpel dans le froid fascinant qui enrobe les remparts de béton et de rêve-
se démarquent
sur le bord. .
paroxysme d’effort – le fort d’oxymore
-écluse prête à céder-
pourtant secure, ce soir
parcourue à l’arête
par des peurs funambules
en espoir mur mué
sentinelles et témoins
Sur le boulevard rempart, en corps, els se font face.
L’une Stone statue en auto-galatée – glass et glaçante
L’autre Honte nonchalante de vigilance opaque
Honte a le corps couvert
d’éclats de verre
et d’asphalte doublée, cette carapace dure
cuire-rock, qui sent comme le cramé
Allure secure et prête à alterquer.
-des anneaux de plomb prolongent les excroissances
de ses phalanges articulées –
Stone est
. ancré
par ces deux croix qui tranchent
la graisse de son torse.
Ex-centré à jamais de l’essence de femme.
Ces croix maintiennent, hors.
Son corps
Son corps sans Chose – mais n’oppose jamais
Son corps plein d’ecchymoses plutôt que de regret
Stone a
façonné, obsédé sur son corps
chaque millimètre de sa chair a été,
remodelé recousu renvoyé
dans les rouages de l’apprendre à éprendre –
Alors, el n’y a plus la place pour le corps des autres.
Leurs enveloppes ne sont qu’une paire de gants dans laquelle el se glisse pour pouvoir se frôler.
Cela, Honte voit.
cela, Honte boit.
et elle gonfle d’orgueil
et de replis sur soi
Stone, assoiffé, offensé
enlève lentement chacun d’ses doigts du long gant qui cerne et gaine sa main adroite –
Le long gant- la rengaine – transparent d’ailes – ptère
(délétère membrane des proies lapidées hier)
pend au creux de son poing.
El avance et l’abat
Sur la joue de la honte.
l’affront sera vengé –
le visage sous le gant – égrisage par le vent
soufflet-défi-duel
Instant résiduel
En un éclair
Stone sent
Sa main -la main de Honte – qui passe sur son cou
.son corps est dans mon dos, je la sens, lourde, la.
Lourde, Honte l’est. Ce sont des poids de plomb qui entourent ses phalanges.
Et les bagues et les doigts remontent la mâchoire…
Honte s’éloigne de quelques pas
Et enlève un à un
Les lourds anneaux qui lui plombent les doigts.
Ils s’écrasent au sol comme
un orage sourd et lent
– et si l’apesanteur avait monté d’un cran
Mais les mains de la Honte
gagnent en légèreté
Et lorsque
L’anneau large
qui enserrait son pouce
Touche enfin le sol
Ses main bondissent sur la garde de la lame à son flan
Détonation
Le revol-rouge sonne le départ
Du duel
.méchantes majestueuses, la honte, et moi. on va croiser le fer.
Honte dégaine sa Badelaire et Stone son estoc
La badelaire fend l’air et flamberge
L’estoc massacre – cauchemars de colichemarde
Les lames mutent en luttant – incertaines et morphales –
Croisés – les fers se forgent – et enfin prennent forme
Des rapières jumelles
Le duel sera
-non plus au dernier mot ni même au premier sang mais bien peau dans la peau-
.il est temps de terrasser la honte.
Mais qu’elle est belle,
la Honte face à moi,
avec son regard poignard et ses mèches en bataille –
C’est ma réplique exacte.
Point, par point.
Métamorphe fondue dans mon image
Qui met son maquillage de doute sur mon visage.
Stone tient Honte à quelques millimètres de la pointe de son épée – hésite –
un instant à peine
– Honte s’échappe et gronde –
vient dessiner sur la joue de Stone, une larme horizontale – aux reflets de grenats
hémoglobine de la pierre qui craquelle – géode encore
Mais Stone essuie la perle de pluie horizontale – larme sur la vitre du train qui s’enfuit se défile
Et Stone ravale le grenat
Honte se délecte.
D’être moi, De me perdre.
Sur le fort oxymore, la brume s’est levée
Les épées ont été envoyées valser,
Et Honte a arraché
Le droit de toucher Stone.
Combat rapproché,
Sourire carnassier.
.on ne se drague pas, la honte et moi. on se bat.
Dague, plutôt que drague. Poignant poignard sur les poignets.
Et faute de reprendre ce qu’Honte a arraché –
Stone, au vol,
saisit les Sombres lames dans le fourreau qui enlace la cuisse de son antagoniste- et puis s’en débarrasse
Stone se déchaîne à corps nu à mains pleines et tord et mord et plante ses ongles dans le dos de Honte et l’étreint et la plaque contre l’enceinte de béton et rêves et Honte enfin
perd la tête
En chaîne, la Honte – perdante ardente –
attend impatiente – la morsure des chaînes sur l’épiderme – organe inexploré encore
enchaîne la Honte
découvre – se délecte
un résidu du défi-duel
: résilience imparciel
Et redresse la tête
La chaire de pierre de Stone est pleine de crevasse
et raflée – porcelaine ébréchée
L’abrasion – verre poussière- de Honte s’efface
-elle s’est usée sur les chaînes que Stone a imposées
Il n’y a plus ni pierre ni verre
Sous leur armures, seuls sous-vêtements : la violence.
Sous la violence
qu’els arrachent et altèrent
la peau
éternelles funambules : cellui qui tremble, cellui qui manipule
tombent
paumé, l’une dans l’autre paume
paume l’autre au creux de l’une – hivers
Chute amorphe d’ankylose et l’écluse
au même exact instant
– a rompu – le rempart lui – a tenu –
Et la chute et les flots, emportent indistinctes
Honte et Stone
Sur la rive embourbée de sommeil
-styx –
Stone reste et résiste.
-perdante navrée n’avoue pour l’instant pas –
Pervenche ancrée les points fermés esquisse discret sourire à l’idée d’épiderme.
Corps sans souhaits un seul, mais au fin fond faim froid de ça,
el
se plaît
el
se réveille
el voit Honte
L’heure éta’le
armistice – aftercare
lames et artifices iront à l’antiquaire
Les poumons d’Honte sont inondées de haine
Alors Stone écope expurge et désengorge
-soubresaut dans le torse-
Honte s’effondre sécure – et enfin vue – lcanique et vulnérable
autour d’els se forme une enveloppe d’élans de graphèmes
Nitrocellulose – Halogénure d’Argent
Au creux de cette bulle – chrysalide en murmure
Stone enfin se détend
et pense et panse et soigne les plaies les absences
Stone regarde les hématomes de Honte et
s’égare
ce corps – le sien – le leur – le seul – qu’el suit qu’el sert – s’étiole
Le corps seul s’enlise.
alors
mue r’mûre
Dis moi
Dis moi comment
Prendre ce fourbe pigment
En faire – encre de cernes
Un onguent qui discerne
Est-ce que tu me permets
De fermer tes paupières
D’absorber le morose
Résidu d’ecchymoses
Planqué sous l’hypoderme
Et le dernier des masques ?
Stone de ses longs doigts – feint-froids – effleure cet espace
Juste à l’arrière de la mandibule, en avant de la veine jugulaire
« ici, Honte, tu n’as ni bleus ni peurs-poussière »
Honte tremble
« Ici c’est que, je suis à vif –
et presque enfin stable »
éternel écoulé – égrené comme perle
Les regards indigo endigués qu’échangent les corps guéris sont si longs qu’entre leurs paupières, éclosent en rhizomes des iris des orages
essences lacrymales -arrosent les regards
Le refuge pellicule se referme à jamais
le film
se consume
Le fil de fée Electre – mortel – grésille et s’illumine
– sort de torpeur la salle – velours écarlate –
Le projecteur a déversé en logorrhée sur l’écran tous les désirs qui s’échappaient sans fin de la boîte de pan-corps – jusqu’à ce que cellulose
-salée à l’acide nitrique – pyroxyle pyromane –
brûle – la brave pellicule
-ingénue d’argent pourtant et à l’halogénure –
qui projetait vaillamment les ardeurs les humeurs les armatures amer
tu me
hurles – l’aggrave sans scrupule
et moi
Vacarme, est-ce que je veux incarner ou cramer ?
à ma place, face à l’écran qui enlace et la pellicule cramée je me confonds – informe
en tas de cendres chaudes
Il suffirait d’un soupir pour m’éparpiller et que je vienne faner dans les fibres du fauteuil. Siège écrin éreinté – exhausté – hanté – et les lèvres en rire
On observe l’essence descendre
le long de l’échine
et les cendres et la chair ont la graisse pour partage
Consumées consommées
sur le bûcher des projecteurs.
Sous les feux de la rampe,
permettre à l’ampèremètre qui s’affole
la pâle échappatoire
fuite enflamme.
Mon propre regard calcine ma propre carne – Alcyne mégère et mage malédictoire
Avalanche de désirs et d´histoires qu´il m´est urgent de vivre – au point que la moindre résistance que je rencontre – solitude- sauve s’échauffe et chasse – et bientôt tout brule –
Câble cramé
surchauffe des récits éclectiques alors je fonds comme la cendre s’efface dans l’étoffe
rengaine du cuivre fondu en plasma
dans le naufrage du cinéma
Poing fermé pas plombé – sans sommeil –
au contraire centré contre – sens impartiaux –
en proprioception
Sous mes dactyles et mes arpions – ptère de pieds –
Le parquet
et ses planches à l’a bois de bandes dessinées
– bien vernies mais poreuses
grince.
Sous le siège – planqué- d’un coffret capital des digitals et versatiles disques
– à tire d’aile s’étire s’étale S’ échappe
noircie de l’encre du récit – résidu suie d’histoire
une fumée.
Cette fumée
imbibe
le plancher
puis remonte
au plafond,
bancale ossature : charpente autoportrait-portant
-mémoire menue-
romans, encyclope, divers faits et pavés de papiers
qu´on m´a lus rapportés expliqués ou cités
duquel pendent
des tentures.
de capes et d’épées,
Ces tentures
de manteaux qui calfeutrent et de masques qui planquent – dissimulent
des étagères.
Ces étagères
vitrées en galbe de verre bombé
débordent
de fiasques et de fioles.
Parmi la fumée
quelques câbles et poulies
d´un décor oublié
– film dynamite – mèche d´action impossible –
pendent.
Un unique fauteuil
vestiges de cinéma rapiécés recouvert
par les mues de velours
des robes -fourreaux- fatales lentement amassées qui s’assemblent en chimère
attend.
À ses côtés se tient,
lampadophore,
un vieux réverbère ambre.
Autrefois, Ogre de bronze éclairait, en bord de bouche métropolite,
Maintenant miniature gise, en breloque, et déplore l’équivoque de sa gloire d’antan.
En vrai, malgré tous les grands vers pleins de style en salto
l’architecture de mon ciné
-mon (v)antre – incubateur –
transpire le vulgaire.
Vernaculaire et pauvre : la “pop”, culture malpropre.
Elle berce et emporte, la ridicule, la puérile à paillettes.
Mieux que tout octopus de pieds réguliers – les syllabes en hasard
Et bizarre barbelé.
Pourtant, qu’elle vienne de pléiade ou d’histoires inépelables, la carbure aux désirs se mêle d’un goût acre.
Une saveur comme une ombre ; toujours me suit, brusque belle et brutale.
Dans ces salles sombres
où sont nés les désirs, où s’est formé le corps,
il y avait la violence
– tissée filée fondue en fine pellicule –
vernis sur chaque ongle – laquerymale de chaque peur – fards sous chaque peau-prière
.cellules poussières qui couvrent tout.
Chaque objet. Chaque contact. Chaque repère.
Essayer de les fuire, c’est jouer à crash-cœur.
À l’ors et alchimie :
j´ai grandi
et, du scope-carbure, du kaléido-ciné, du désir en substances, des bibelots en suspens,
se sont lacés
les chimères mirages
– écales de personnages-
jonchent le parquet, pas très loin du coffret
bâton de rouge à lèvre factieux sans factice, aiguilles d’escarres en stiletto – de la plaie, le couteau-, grenade-épingle au grenat dégoupille, lépidoptère-thorax perforé par lame d’oxy-derme, gramophone de grabuge – diffuseur d’ hurle, disque d’onde ciselé en toiles de voix d’areigne – où l’on perçoit encore à peine préservés -résidus irisés- degrés point de rosée, brouillons rature – lettres prématures – proche d’un encrier dont l’étiquette dit “cerne” et d’un cachet de cire – sceau, reflets sur verres à pieds prêts à se briser, chute de lourds rideaux – rouges, quelques cartes qui traînent -où le pique fend le coeur, une bouilloire qui murmure, géodes prodige-pactole, gant perdu sans sa paire, casque de chevalier légèrement écrasé, trésor d’oxymore et puits de paroxysme, bagues de plomb dans barillet de revolver, cage à escale-escalier encagé remplace le volatile, château fort jouet aux remparts armés, psyché renversée et fracturée – mille échos la parcourent et elle tranche, vieux vibraphone voûté – de silence il abrite les danaïdes et leurs urnes de son – le vibraphone un tractopelle qui creuse et qu’rase et grêle
ce vibraphone sans fin- sisyphe et exhaustif – avale et sert de cale à la porte de pancorps – même si la pellicule s’est défilée – effet morphe d’éphémère
et en guise de fée, planqué derrière quelques reflets et phlaques de verre
des flacons d´idées pures en fragrance
Nuances d’élan – osmothèque
Si l’on dissèque l’osmose apprivoisée des fragrances de désir
D’une part : la périphère de ces éclorps marquants, charismatiques et élégants
Autre part : intra-corpos constance – la violence en esthète qui s’enlace aux os
– comme l’artère à l’ego
convulsion : absolue condition du sublime
Trois accords sinueux se dessinent
L’un a, la note de tête de ces corps emperlés
-ajourés- en apparence fragile et qui finalement tuent entre deux bulles de mots tranchants
– celleux qui parcouraient les cases et parsemaient les pages de l’étagère aux mirages pour grands –
– les hanches enchaînées – lames dissimulées – dans les mèches en épingle ou planqués
-contre-cuisse à l’équerre ischio-
Au sein de la gouttière
bouleversent
l’entre-marges.
– note dominante-
s’immisce
L’autre distille
les mèches bouclées en flamme du meurtre fait femme – pourtant sans utérus –
veuve noire et venimeuse dans sa gaine de cuir – ce corps qui massacre même alors qu´attaché,
ce corps qui se croit Chose – et qui se sait chagrin
parce qu’exempt d’endomètre et de ruses sinestres
– monstré sur grand écran, en plein dans mes quinze ans – l’ablation obsession –
espoirs déchirants de convoite et de tise
Briseur de cor guidait ma main pour matraquer la mort, méthodiquement
Blockbuster qui dégomme
me monstre en creux d’enfance
que je suis invertie
et flanqué de frissons face aux flammes fatales.
Ex pressée à froid
la note de fond s’emballe
et sa toile ténèbres – forme d´encre dans l’obscure – chevelure en filet
ultime sublime semble
fatale jambe nef attend et étale
le fémur s’égare – dépasse du fourreau
La sorcière en rapière – ennemie intime accro
ingère vespère et crache misère du bout de lèvres teintes
Dédaigne – ennuyée – les indignes enfumés
Un ouragan s’engouffre
Bascule les bouteilles
Les extraits se répandent et se mêlent aux mirages
Corrosifs – iels rongent les chaînes qui condamnent le ciné
Exhalent l’effluence
exhaustive est violente
Réveil du rêve-el
Vacillent les poings fermés
-entre braille et béant-
ongles crispés sur l’accoudoir :
vorace
de v,ivre
*Stone :
invariable –
se dit d’un corps lesbien qui navigue entre des bornes fermes – sans chercher ou permettre de contact réciproque
– stone top façonne et masse – sans qu’on l’effleure –
– stone bottom reçoit résonne – sans rendre, sans sueur –
Choisir et désigner, qui.
que ce soit, l’altercation des chairs sera lesbienne.
Intrinsèquement
Car le corps ne peut et ne veut faire que ça
Choisir. Absolue nécessité.
S’échapper des entraves torves d’un scénario classique de caresses sans escales.
C’est ça. Être stone.
Influences
Stéphane Fert, Peau de mille bêtes
Amal El-Mohtar et Max Gladstone, This is how you loose the time war
BB Brunes, Coups et blessures
Clara Luciani, La Grenade, Sainte-Victoire
Kompromat, I did not forget you, Lift me up
Craig Armstrong, Roxanne
Ayroles et Masbou, De cape et de crocs
Chloé Cruchaudet, Céleste – Bien sûr, Monsieur Proust !
Mallarmé, Sonnet en X

Lantiponne donc :