
Portrait par Lea Saint-Martin
Il arrive de trouver des méduses sur les grèves
Ces flaques gélatineuses que l’on tâte du bout d’un bâton
Contre lesquels on peste si notre épiderme les ecrase ou les effleure
J’ai été fut un temps, ce mot vernaculaire, adelphe du corail, cnidaire et petit bout de nacre
En échec saignant et séchant
Car je n’étais ni eux ni elles, et ils et elle me tâtaient me tatentt du bout d’un bâton.
Ils et elle me tâtaient me tâtent encore parcequ’hors de femme
hors de norme,
hors d’homme
Déroge au genre : tu déranges.
Et comme
J’ai grandit là où l’intime et indicible
La, ou on te referme et on t’enferme,
Tête en bas au placard
Pire qu’échoué et séchant, sur une étagère
Flottant dans du formole ou floqué de poussière
-Assemblage mécanique de baleine de fer et de plastique-
Comme j’ai grandi là bas on m’as dis : tiens toi droit, pare la pluie
Puis on m’a refermé puis on m’a enfermé
Là où L’invincible intime m’a dévoré l’identité
J’ai essayé de voir mon corps s’effacer mes côtes se creuser
Puis de me fondre dans le ciel
Et j’ai voulu puis j’ai été – la pluie fade qui la ferme
Mon adolescence s’est enfuie s’est échouée sur les rives de la scène
Et L’an dernier
c’est inédit j’ai dis
adieux a l’indicible
locomotive ou logorrhée j’ai clamé
Je suis trans, en transfert : vers rien – errance dont je suis fière
a jamais inachevé
Je ne suis
Ni un homme
Ni une femme
Ni non binaire
Je sui trans
Et la pluie
j’y vois /qu’l’air
Et la pluie
Et la pluie perle et déperle sur mon ciré d’enfant
Aujourd’hui j’ai 20 ans et le plastique de l’imper s’écaille – tombe en lambeaux – il y a encore ces quelques morceaux d’enfance qui me collent à la peau – écailles
J’ai si longtemps voulu me fondre m’imbiber de pluie – j’étais déjà transparente – je voulais être trans et partir – m’évaporer pour ne plus rien sentir
Pourtant sous l’imper qui s’écaille
ce n’est pas de la pluie mais bien du pavé
Et mon essence diaphane c’est condensé en corps en verre en pierre
J’aurais goûté chacuns – chacuns – des changement d’états : et la liquéfaction et la sublimation
Mais le dernier en date- ma gélification de fin d’adolescence- de la bruine à l’averse au gel gluant de ma chaire de méduse qui bientôt sera pierre et pavé dans leurs gueule
La dernière en date c’est – et de loins – ma préférée
:J’étais la pluie je deviens le pavé
Je tranche- méthodiquement – les chaînes – et je sors des entraves
Les trauma-trans- generationel découpé au scalpel avec mon utérus –
Hystérectomie
Les regards torves sur mon torse épinglé – vous les insctueux je ne veux plus vous voir –
L’encre du tatouage plantée dans mon téton vous crachera au visage – vous indignes de noms
Et même les filaments en mêlée -confus- dans ses mots tentacule manipule au point que je me pique me flagelle et hurle
je les ai démêlé et je me suis pansé- j’ai tranché son entrave – épave brisé maintenant – bien ridicule dire – et dire qu’il à failli me faire enfermé
Et maintenant que l’emprise et brisée
Ils
Ne me toucheront
Plus jamais
Je figerais leurs doigts – même pas digne de pierre ce sera du plâtre et je les briserais
-moi qui suit pavé paillette béton armé
Âpres toutes ces tranches -presque un seviché
Une place se fait peut-être enfin pour l’enfant que j’ai été et se laisser porter
- un fragile coffret ou un château fort jouet ou ranger les dernière écailles du ciré-
Mais elle reste muet l’enfant que j’ai été et j’ai beau l’appeler
Nacre !
Et comment j’entortille mes filaments pour t’etreindre sans t’eteindre ?
Et perles et parle moi
Nacre
Petit assemblage mécanique de baleine de fer et de plastique
Ce n’etait pas ta faute
Tu ne pouvais pas dire non
Tu n’était qu’un enfant
, nacre
Mais nacre préfère
Le mouvement constant
Et s’enfuir et s’enfuir encore un peu pour l’instant
Être trans en transfert et puis ne pas ne plus penser aux errance aux absence de son consentement
Je ne sais pas si je retrouverais nacre, elle qui s’est construite autour de corps étranger – comme la brave perle qu’elle est –
Mais je n’arrêterais pas de chercher
Et peut-être un jour, je lui proposerais la tendre joie sécure du château fort jouet-
Une chose est sure :
Ce soir,
La méduse s’est traînée à nouveau dans la mer
El à viré le sable et dévoré les regards
-torves sur son torse
- je ne suis plus pluie mais bien méduse de chaire de pierre et de pavé-
Maintenant : gare à MES regards. Ou vous serez figé.
Première version
Tu es échoué
Et tu sèches
Il arrive de trouver des méduses sur les grèves
Ces flaques gélatineuses que l’on tâte du bout d’un bâton
Contre lesquels on peste si notre épiderme les écrases ou les effleure
Tu sèche, au bout de ta langue pas le début d’une réponse
Méduse, mot vernaculaire, adelphe du corail, cnidaire
Tu sèche parce qu’il n’y a pas de réponse
Tu n’es ni eux ni elles, et ils et elle te tâtent du bout d’un bâton.
Tu t’échoue dans leurs regards binaires, pourtant tu es cnidaire
Mais les mots le sortent pas
Il n’existe pas de genre en chaire méduse
Les voilà, les mots,
tapis planqué en fond de gosier
J’ai grandit là où l’intime et indicible
La bas on te referme et on t’enferme,
Tête en bas au placard
Pire qu’échoué et séchant, sur une étagère
Tu flotte dans du formole ou te floque de poussière
Assemblage mécanique de baleine de fer et de plastique
La bas : tiens toi droit, pare la pluie
L’invincible intime m’a dévoré l’identité Alors j’ai fuit
A 15 ans le confidentiel
A 16 ans la pudeur et la prudence
A 17 ans mes anciennes syllabes
A 18 ans le glacial de de cette ville
A 19 ans, enfin
Je m’échoue avec toi sur les rives de la scène
et c’est inédit je dis
adieux a l’indicible
Pourtant
Je sèche
Moi aussi ils me tâtent
Moi non plus
Je ne sais quels mots leur servir
Alors je vais en dire beaucoup, trop peut-être mais tant pis :
Je suis trans, en transfert : vers rien – errance dont je suis fière
a jamais inachevé
Je ne suis
Ni un homme
Ni une femme
Ni non binaire
Je sui trans
Me croire femme ou homme est aussi absurde que me croire parapluie
Encore que
Je préférerais parer la pluie
Elle ne sera jamais aussi acide que vos regards

Lantiponne donc :