Épilogue – 25 Janvier

Voici où tout commence – le teaser de la délivrance que je me suis offert le 25 janvier 2025.
Épilogue du naufrage que j’ai vecu « aux Moches Arts » – Stress Analogue au diplôme que j’aurais pu avoir mais. À la place je suis vivant. Ethel vécu heureux sans s’y casser les dents.

The leopoldines – Theater is not dead

-cette vidéo, c’est en partie celle que j’ai présenté aux concours d’entrée des beaux arts, et en partie la captation de mon premier rendu de ma première semaine de cours : une performance ou j’évoquais deja le profond malaise que me faisait ressentir cette institution-

« One thing is true : they never felt my rage. »

Raccourcis

Parce que ce que j’ai à dire et à montrer de cette journée du 25 Janvier, voici trois chemins de traverse


Cher.e Lectaire, 

Le texte que tu vas lire a été écrit en module pour être performé lors des portes ouvertes du MoCo Esba, le 25 janvier 2025, sous la forme d’une prise de parole pirate. 

La forme de module me permettra, je l’espère, de jongler avec les imprévus pour pouvoir dire ce qui doit être dit dans le temps que j’arriverai à prendre. 

Tu peux donc lire dans l’ordre : il y a une suite et un enchaînement entre chacune des parties. Ou bien tu peux le lire  dans le désordre si tu le souhaites, une partie puis une autre. Sauter celles qui sont trop douloureuses. 

Je vais te partager à la toute fin de ce document les ressources qui m’ont permis d’arriver là où je suis aujourd’hui, ainsi qu’un texte de revendications que j’avais écrit lorsque j’y croyais encore. 

Fais-en bon usage. Ou. Fais-en ce que tu veux. 

Par ces mots, je t’accorde la possibilité de réinvestir mes mots et ces ressources comme tu le souhaites, à les partager, les imprimer, les annoter. 

Je n’ai aucune intention belliqueuse. Je n’en ai jamais eue. Mais je ne peux plus me taire. Le silence est le terreau de la violence. 

Je finirai cette introduction par une citation de Alice Manuel Lopez Djebli :

« Prenez soin de celleux qui en ont besoin. Ça peut vous inclure vous-mêmes, mais faites attention à ne pas prendre soin de vous au point d’en devenir violent.e.s.

Si vous êtes jamais triste, il y a un problème. 

La vie n’est pas faite de bonheur continu. Si ça  arrive, il est possible que vous viviez dans une illusion, et il est possible que quelqu’un soit en train de payer pour que se maintienne votre illusion. » 

Merci de me lire 🪐

Partie I : Si vous fermez les yeux…

Si vous fermez les yeux, vous entendrez, le pas pressé, le souffle court de l’élève en retard qui vient de s’asseoir discrètement sur son tabouret.

Et puis, le vrombissement des imprimantes et des machines dans les ateliers.

Peut-être encore, les papotes et bruits de couloir des artistes en herbe qui se creusent les méninges.

Un effort de plus et vous sentirez l’odeur de la sciure de bois, celle des frottements, des étincelles, de la soudure et du métal.

Écarquillez vos narines, et vous sentirez l’odeur fugace du résidu de café sur les gobelets en carton qui s’accumulent un peu partout.

Ces odeurs et ces sons, ce sont la pulsation battante de la vie d’une école d’art dans le sud de la France, une école où étudient quelque deux cents élèves tout au plus, et qui est, selon ses mots, « si ce n’est une famille, du moins, un ensemble ».

Gardez les yeux fermés, si vous le voulez bien, et profitez de ce moment, de ce cadre.

Vous prenez une grande inspiration… et vous sentez l’odeur de la peinture en bombe qui vous explose au nez.

Vous suffoquez un peu…

Pourtant il avait été précisé : la peinture en bombe, toujours à l’extérieur. Sinon, on s’étouffe.

Enfin, les erreurs, c’est naturel, c’est comme ça qu’on apprend.

Vous reprenez votre respiration, et vous essayez de vous ancrer dans le sol, de retrouver le stable de cette école…

Mais, votre emploi du temps se désintègre entre vos doigts. Etrange. Inquiétant.

Tout va bien, on vous a assuré que la communication serait la clé de votre sécurité. Alors vous tendez à nouveau l’oreille…

Et le SHLANG SHLANG métallique de l’abattoir vous glace de sang.

Partie II : La voiture, le tram et l’abattoir

(cette partie parle de suicide) 

Quand on arrive aux Beaux-Arts, en première année, on peut saisir au vol une anecdote anodine à première vue. L’école du MOCO a été construite sur les fondations d’un ancien abattoir. On rit de cette histoire, on s’amuse à imaginer, ici un entrepôt, là, la viande dans un frigo.

On oublie vite le sang, les carcasses, et l’odeur que ça devait avoir.

GROSSIERE ERREUR.

Dans l’enceinte des Beaux-Arts, des anciens abattoirs, le sang coule, les carcasses fracassées gisent, et les corps s’entassent.

Il y a cette chanson, vous savez, qui dit « Prends garde à toi, si tu t’aimes, prends garde à eux, prends garde à vous, prends garde à tout, et puis chacun pour soi. »

Je ne pourrais pas vous donner meilleur conseil.

Quand on arrive aux Beaux-Arts à 17 ans, avec plein d’espoirs et une ossature d’enfant, on entend le mot « détruire », alors qu’on essayait juste de demander des aménagements.

On s’entend dire que l’objectif des deux premiers semestres de l’établissement, c’est de « détruire » nos certitudes.

Quand on arrive aux Beaux-Arts en première année, on passe au hachoir.

Et si on a l’audace, que dis-je, l’outrecuidance, d’arriver aux Beaux-Arts avec un handicap, on martèle notre viande jusqu’à ce qu’elle soit tellement tendre qu’elle lâche. La pression écrase, on ne peut plus vraiment manger, vraiment marcher, vraiment regarder. Nos muscles ne tiennent plus.

Alors, le tram nous loupe de justesse, mais la voiture nous fauche.

On finit seul sur le carrelage, avec pour soutien précaire, un plâtre au pied.

La voiture, le tram, et le carrelage.

On dirait le titre d’une parodie de western contemporain.

J’avais 17 ans, presque 18, quand j’ai mis les pieds aux Beaux-Arts.

Et puis tellement d’espoirs.

Mais l’espoir, ça protège pas trop du bitume.

La voiture, elle, elle s’en fout.

Lors de ma première année aux Beaux-Arts ­– si on peut appeler ça une année – je ne compte plus les fois où j’ai failli mourir, ni les heures passées sur ce carrelage, à me répéter le nombre de dolipranes qu’il faut avaler pour mourir, la hauteur d’étages desquels il faut sauter pour mourir, la portion de peau optimale qu’il faut inciser pour mourir.

         Et puis, le passage aux urgences,

         Et puis, le retour seul sur le carrelage

Partie III : On ne parle jamais que des passages aux urgences

(cette partie parle de suicide)

J’aimerais vous dire « Non, rassurez-vous Madame, je suis une exception. »

J’aimerais pouvoir vous dire qu’il n’y a aucune chance pour que votre enfant, que vous accompagnez pour ces portes ouvertes, soit le prochain gibier, ou pire, le prochain corps.

Mais je ne peux pas. Parce que, voyez-vous, je ne suis pas une exception.

J’ai vu des élèves de ma promotion disparaître du jour au lendemain, après un passage aux urgences.

Iels ne s’étaient pas cassés la jambe.

J’ai aidé, deux mois après la rentrée, un élève qui préparait ses bagages pour une hospitalisation.

Il n’était pas hospitalisé pour une greffe rénale.

J’ai lu mon plus précieux ami me raconter l’intrusion des pompiers dans sa chambre, après avoir dégluti des cachets.

Ce n’était pas des pastilles pour la gorge.

Iel étudiait aux beaux-arts d’Annecy. 

Pourtant, comme l’écrit Georges Perec dans L’Infra-ordinaire, on ne parle jamais que des trains qui déraillent.

J’ajouterai : et des passages aux urgences.

Je sais que je ne sais même pas le quart des différentes tentatives de suicide ou idées noires qui ont été causées par la prétendue rigueur des institutions que sont les écoles d’art.

J’ai lu des témoignages, survolé des articles et des études. Et je sais pourtant que ce n’est que la pointe des douleurs infligées par cette rigueur à géométrie variable.

En plein dans ma tourmente, en janvier 2023, après à peine 4 mois de cours, j’ai tenté de décortiquer cette sensation étrange : voici mon ébauche.

Partie IV : Rigueur

« Projet pédagogique : première ligne, dixième mot.

« Rigoureuse » – mot utilisé pour décrire notre formation, notre école.

Lisant ce mot, mon corps se serre, mon cœur se tend.

Quelque chose dissonne.

Moteur de recherche. Je tape fébrilement RI-GOU-REU-SE.

Le Larousse me répond.

1.Qui fait preuve ou est empreint de rigueur, de sévérité : une discipline rigoureuse.

Synonyme : dur, impitoyable, implacable, inexorable, intraitable, rigide, sévère.

Ah. Très bien.

Ça fait sens, je l’ai vu à l’école :

-Marche ou crève, un petit air de « je te l’avais bien dit », près à bondir au moment de l’effondrement.

Il y a des exigences académiques ici. « Il ne faudrait quand même pas que les élèves aillent à la plage au lieu d’aller en cours. »

On est sérieux ici. On respecte les règles, on respecte le cadre.

On s’accroche, parce qu’il faut le mériter, d’exister ici.

On est sévère

                     -soyez sevrés-

On ne relève pas le positif ici, pas le temps pour ces idioties.

On est productif, nous.

On est performant.

On est efficace.

Toutes les semaines, on vous fait transpirer des idées.

Sans cesse : ce doit être expérimental, et ce doit être parfait.

Tout cela, je le sais, je le sens, je l’ai vécu à l’école.

Ça n’explique pas la dissonance.

Alors, le deuxième sens peut-être ?

Hep Larousse, reviens-là, tu n’as pas fini ton travail.

2.Qui est pénible, difficile à supporter (en particulier des conditions atmosphériques

très froides) : des conditions de travail rigoureuses, des températures rigoureuses.

Synonyme : âpre, draconien, inclément, rude.

Ah oui. Là encore, je reconnais l’école.

Honnête description : ici, c’est rigoureux, et âpre, et rude.

Ce mot, c’est donc la prévention – il y aura des plaies, et il y aura du sel.

Je ne peux en vouloir qu’à moi-même – j’aurais dû lire ce foutu projet pédagogique avant de passer les concours. J’aurais pu diluer mes espérances dans cette information : cette atmosphère n’est que faussement chaude. Tu t’y gèleras les doigts. Peut-être j’aurais su, si j’avais lu, qu’il n’y aurait pas de place pour une petite chose fragile dans l’antre de la rigueur.

On avance. Je comprends mieux. Je capte mieux. Mais la dissonance persiste et me tranche les tympans, avec la lourde lame de son vacarme.

Eh quoi ? Larousse ? Tu n’as pas de réponse ?

Si. Une dernière.

3.Qui se caractérise par une logique, une rigueur parfaite, une exactitude sans défaut : une analyse rigoureuse.

Synonyme : mathématique, parfait, précis, strict.

La voilà ! la dissonance cognitive. 

Partie V : La dissonance cognitive 

« idyllique et trompeuse rigueur mathématique : un emploi du temps stable ? Non, poreux. 

9h 18h avec une heure pour manger, et des fragments de pauses partout, changeants. 

Ne jamais savoir ce qu’on va manquer et ce qu’on va trouver, ne pas savoir où aller, quand, comment. 

Un jeu de piste permanent, nouvelle épreuve :  chaque semaine, un nouveau labyrinthe. Et dédale et dédale entre les corps, les os et la moelle. 

Publicité mensongère de la rigueur – trompe l’œil d’indépendance et de liberté 

: l’insécurité permanente, ne rien pouvoir prévoir et finir par se perdre, en rêvant de rigueur stricte et précise

Finir engloutie par l’espoir déçu – et – l’illusion perdue »

Cette esquisse, ce texte, que j’ai donc écrit lors de ma première première année aux beaux arts, c’est presque –  comme ces choses qu’on conserve parfaitement dans de la résine, les moustiques du paléolithique et les bouquets de mariée – il y a de l’émotion brute – parfois déçue, et de l’ADN qui pulse presque encore. 

Mais il reste une chose que la résine n’a pas épargnée, une chose qui a moisi, pourri, suinté, qui aujourd’hui explose : cette chose, c’est la supplique.

Partie VI : La supplique 

À l’issue de mon premier semestre je voulais encore, si fort, y croire et me jeter aux pieds aux portes de l’administration, 

J’ai écrit, comme j’aurais voulu crier  : 

« Je sens cette certitude qui me dévore les cervicales : 

Mon rythme d’handicapé n’est pas compatible avec cette école à la rigueur paradoxale. 

J’aimerais vous supplier – prouvez moi que j’ai tort. 

Prouvez moi que j’ai tort –

qu’être handicapé et exister ici est compatible

Prouvez moi que j’ai tort, et qu’ici, -ce serait inédit – c’est un espace où on peut exister en étant handicapé. 

Ne me laissez pas patauger seule, 

Permettez-moi de vivre ici, d’exister ici.

Permettez-moi d’apprendre et de rencontrer. 

Permettez-moi de déposer les armes. 

Mais je préfère patauger seule que d’y laisser ma peau. 

Et je crois bien que j’ai raison »

Aujourd’hui je le crie, enfin. 

 Et je n’en pense plus rien, rien si ce n’est : je préfère patauger seul que d’y laisser ma peau. 

Parmi les histoires glauques et gores qui ont pu se produire dans les différents ateliers des beaux arts à travers le territoire, ma préférée est celle de l’élève qui a figé une tête de cochon dans de la résine. 

Eh bien la tête s’est vengée. Elle a pourri, accumulé des gaz toxiques de cette putréfaction, puis elle a fait exploser la résine. 

Le cochon décapité a rendu la violence. Et il lui a donné une odeur. 

Aujourd’hui, enfin, je crie. 

Je vous rends la violence, et la putréfaction. 

Partie VII : La Rage 

Aujourd’hui je suis rage, rouge, qui dérange

 rage qui ronge vos rouages rouillés. 

Ce soir je serai rage qui dégage, j’ai déjà fait mes bagages.

Je me barre loin de vos grillages de vos barbelés.

 Le barrage cède et la digue saute. 

Je suis rage qui guérit, rage de vivre et rage de rire, 

de votre hypocrisie et de vos petits crédits.

 Aujourd’hui je suis rouge, rage du sang que vous avez versé. 

Aujourd’hui je ne suis pas un artiste, je suis un affront. 

Aujourd’hui je ne suis plus le grain de sable dans l’engrenage, je suis la plage et je vous grippe.

Si vous tentez une répression, gare à l’étranglant regard. 

 Levez la main et nos yeux vous étoufferont. 

Aujourd’hui, je suis un affront.

Partie VIII : Le deuil 

(cette partie parle de suicide)

Mais je suis un affront au cœur lourd 

Alors que j’avais du plomb dans les entrailles, 

à l’idée de ma reprise aux Beaux-Arts,

 j’ai vu un article de Libération,

 un article où le nom MOCO apparaissait, 

ainsi que le mot suicide. 

Il s’agissait de l’article parlant de la mort, ou plutôt des causes de la mort, 

de Vincent Honoré, qui travaillait au sein du MOCO. 

Les mots « souffrance au travail » ont été choisis parmi tant d’autres.

 Je respecterai ce choix. 

Face à cette annonce, je n’ai senti aucun étonnement. 

Juste une tristesse et un dégoût immense. 

J’aimerais que nous prenions quelques instants à la mémoire de cet homme.

 Il s’appelait Vincent Honoré, il avait 48 ans et il avait organisé l’exposition la plus touchante que j’ai vue, L’épreuve des corps

C’est cette exposition qui m’a donné envie d’étudier ici.

La boucle est bouclée. C’est Vincent Honoré qui m’a donné envie de venir au MOCO, et c’est grâce à lui que je m’en libère.

Les images qui ponctuent ce texte ont été prises par Juline, lors de la performance qui a eu lieux pendant les journées portes ouverte des Beau-Arts de Montpellier,

le 25 janvier 2025 à 15 h.


Le même jour, une deuxième édition de cette performance a pu avoir lieux, à 20h, dans le cadre de la soirée «éclosion » du collectif le cocon, au bar La Madrediosa, situé sur la place des beaux arts, a 400 mettre des portes coulissantes en verre du Mo.Co. Esba. Les images ci dessus sont celle de ce moment, prises par Juline également.

Récapitulation

Cet Épilogue de ma scolarité qui a pris forme le 25 janvier, c’est l’aboutissement de 6 mois de travail, de 3 ans d’errance aux beaux arts et de 10 ans d’espoirs déçus. 

Dans les prochains paragraphes je vais retracer les grandes étapes et les petits détails qui ont mené à cette performance, ainsi que ceux qui en ont découlé. 

La première fois que j’ai eu des étoiles dans les yeux à l’idée de faire des études d’art, c’était il y a 10 ans – j’en avais 10 tout pile et je voyais mon grand adelphe aller de porte ouverte en porte ouverte. Dans les années qui ont suivie je me suis accrochéx de toute mes force vers cet objectif : cet espèce de paradis des gens bizarres où on peut peut-être enfin sortir des carcans et où on est peut-être enfin un peu moins seul.

À travers la dépression, puis les idées suicidaires, puis mon burn-out lycéen je me suis agrippé de toutes mes forces à ce peut-être peut-être espace de paix. 

Au moment des concours d’entrée j’avais cette sensation viscérale -peut-être ridicule d’un point de vue extérieur- que je jouais ma vie. Et c’était vrai à l’époque. Entre mars et octobre 2022, c’est la perspective des beaux-arts qui m’a maintenu en vie alors que je pouvais à peine marcher et sortir de chez moi. 

La désillusion m’a frappé dès la semaine d’intégration – comme un coup de poing au creux de l’estomac – le reste, je le raconte dans la performance : cette affirmation que l’objectif de la première année c’est de « détruire » nos certitudes, les consignes contradictoires, l’absence d’aménagement, et le rythme qui m’a matraqué au point finalement de me prendre une voiture. 

Enduit d’huile et d’injonctions

Ma première tentative de protestation a elle aussi pris la forme d’une performance : je me plaquait sur le corps des papier enduits d’huiles et d’injonction en mots – j’explorais la surcharge d’information et de consigne. 

Lors de la deuxième semaine et du cours de collage, j’ai produit sur le thème de la violence et du validisme. Lors du cours de BD (de la quatrième semaine je crois ?) sur la violence institutionnelle des Musée. En Novembre il y a eu le premier rendu : vagues de violence et pour la première fois cette idée qui germais de mettre le bazar pendant les portes ouvertes. En décembre il y a eu la voiture. Et enfin, en janvier, pendant le cours de volume, je me suis enfermé dans du plastique (en référence notamment à certaines œuvres de l’exposition l’épreuve des corps). C’était se sentir ésoufflé étouffé et floué.

Essoufflé Étouffé et Floué

Fin janvier j’ai finalement abandonné – j’ai obtenu un arrêt maladie d’une psychiatre – et je n’ais plus jamais remis les pieds en cours. 

Mais j’avais encore de l’espoir, malgré tout, et je me suis impliqué dans la campagne anti-validisme du Massicot, ainsi que dans l’organisation de l’occupation prévue contre la réforme des retraites (qui n’a finalement pas eu lieux). 

Je n’ai pas arrêté durant cette période de parler – de crier- l’urgence du fait de prendre en compte les problèmes de validisme au seins de l’école, et ceux malgré les remarque validiste que j’ai reçu de l’ensemble de l’école, élèves compris. 

On m’a notamment dis que ma place était dans une institution spécialisée et que je ne pouvais pas attendre de tels aménagement de la part de l’école. 

C’est une remarque validiste extrêmement fréquente, mais qui n’est ni plus ni moins qu’un désire de ségrégation. (Je vous invite à vous renseigner sur le sujet, il y a notamment au seins de la documentation que j’ai participé à construire au massicot, plein de ressources qui expliquent cela). 

On m’a également dis, alors que j’évoquais ma détresse quand aux tentative de suicides de mes adelphes et à la mort de personnes handicapées «  mais, Ethel, les ouvriers ça fait des années qu’ils meurent ». Là encore, je vous invite à vous renseigner sur les ESAT. 

Triptyque – Violence Validisme et Errance – Cours de collage

Mais malgré ces violences je ne pouvais pas me résoudre à quitter les beaux arts parceque je n’avais rien, à l’époque, en dehors de l’école, et en dehors du monde de l’art.  

J’ai eu beaucoup de chance : ma mère a pu m’aider à obtenir une année de césure. 

A l’origine je voulais pendant cette année continuer de travailler avec le massicot, pour construire peut-être des conditions d’accessibilité et d’aménagement viable, qui me permettraient de reprendre ma scolarité. 

(À ce point-ci, mon idée c’était de tendre des fils dans tout les espaces de l’école, pour que les valide, eux aussi, se trouvent interdits d’accès. Et puis d’accrocher au fils de fausses lettres administratives qui explique à quel point c’est généreux, d’avoir la permission d’exister sur le fils.)

Mais, en octobre 2023, mon absence des lieux de l’école m’a fait perdre toute les relations que j’y avais noué, ou presque. L’isolement de cette période a été terrible, et je n’ai pas pu continuer de travailler avec le massicot. J’ai donc dû, progressivement, regarder les chose en face : les beaux arts pour moi, c’est fini. 

Dire que prendre la décision d’arrêter les beaux arts était un déchirement serait un euphémisme. 

En Janvier 2024 J’ai pris le temps de rédiger des revendications, puis en mars de participer à la semaine de travaille contre le validisme du massicot. Et chaque fois je sentais ces instants comme des couteau qui remuaient dans mes plaies. 

En mai 2024, j’ai fait quelque chose de cette idée de lettres administratives : une performance accompagnée desdites lettres. Il n’existe pas de captation de ce moment, mais vous pouvez en retrouver le textes et les lettres ici

Je devais encore à cette époque choisie ou non de renoncer à mon inscription administrative. 

Puis, il y a eu l’article de libération parlant de la mort de Vincent honoré, et dans la foulée, le partage d’un article : force de l’ordre, force de l’art : même combat ( dont vous pouvez retrouver le liens dans Ressources)

C’est cette lecture qui m’a permis de cautériser la déchirure. J’ai, bien sûr, quelques nuances de désaccord : mais ce texte m’a permis de commencer un deuil – une cicatrisation. 

C’est ici que l’idée d’une performance sur la mort, et les carcasses des beaux-arts abattoir est née. 

Une performance sur Ma mort, que j’ai frôlé. 

Une performance sur la mort de celleux que j’aime, qui a été évitée de peu. 

Une performance qui pour une fois me permetterais de partir, non pas en fermant délicatement la porte ou en m’effaçant, mais en laissant exploser ma douleur. 

À partir de ce moment là j’ai commencé à lire, à écouter, a réunir un maximum d’histoires similaires à la mienne. Puis j’ai demandé l’aide du massicot et j’ai commencé à écrire. 

J’ai décidé de faire semblant de reprendre ma scolarité – pour apaiser (à peine) les méfiances. 

(C’était un échec : petite mail tendu envoyé à ma mère, expliqué par la référente handicap « En fait ils ont eu peur que tu fasses peur aux premières années ».  

Une petite voix dans ma tête a chuchoté : vous avez raison d’avoir peur.)

Et en Octobre, le soir même d’une rentrée qui n’a été que le ressac de la violence, lors d’un ateliers d’écriture j’ai finit et j’ai lu mon premier jet. 

La rentrée se passe sur deux jours : pendant la deuxième matinée j’écris ceci : 

« J’ai mal comme toutes les fois où j’ai hurlé effondré sur mon carrelage, de la solitude et de cette certitude que rien ni personne ne m’aidera. Elle est fausse cette certitude, mais si peu. Si peu. »

Mais la douleur s’est apaisée un peu et puis le reste c’est enchaîné : retouches, costumes, répétition, faux sang, répétition, accessoires, répétition, QR code sur des capsules de Doliprane, répétition, organisation, répétition. 

Je ne saurais plus bien écrire comment, mais le 25 janvier à 14h30, j’ai retrouvé le groupe de personnes qui m’accompagnaient devant la fontaine de la place des beaux arts. On a fait un méga plan de bataille, distribué les rôles, puis iels m’ont aidé à m’enduire de faux sang.

Le texte ci-dessus et la captation ci-dessous retranscrivent bien ce qui c’est produit dans les 15 minutes qui ont suivie – sans anicroches-. 

Le faux sans c’est déversé au sol de manière impromptue, je ne sentais plus, ni mes mains ni mes jambes, et je n’ai du reste que des souvenirs très flou mais : 

Les mines renfrognées des membres de l’administration sont sans équivoque. 

Après mes derniers mots j’ai tendu quelques capsule de Doliprane, puis j’ai enfilé un pull et je me suis trempé une dernière fois les mains de sang, pour faire les adieux qu’exige la politesse avant de partir : j’ai proposé au directeur de me serrer la mains. 

Qui a refusé. Curieusement il ne souhaitait pas se salir les mains.

Et 10 minutes plus tard, j’ai terminé ma demission par mail et par ces mots « plusieurs mois plus tard, ce n’est plus le cœur lourd mais le sourire léger que j’écris : je quitte les beaux arts. »

Je ne me suis jamais senti aussi euphorique que dans les heures qui ont suivies. 

C’est à partir de ce moment là que j’ai commencé à recevoir des retours, des témoignages, des résonances.

Dans les jours qui ont suivis, on m’a informé que ma boîte mail disparaîtrais sous deux semaines. 

Le surlendemain je retrouvais cette petite montgolfière que je n’avais pas vu depuis un long moment. Et j’ai enfin pu dire : 

Adieux les Beaux-Arts

-jusqu’au bout des ongles et jusqu’au dernier mail-

Depuis, je procrastine l’archivage alors même qu’il démange – j’ai hâte hâte d’en avoir fini et puis, 

de répondre à cette question parfois terrible qu’on m’a posé tellement souvent: après, quoi ?

Vivre je crois. 

Et continuer de militer, de prendre la parole, de salire les institutions avec le sang quil versent, de construire de la communauté.

Captation

Trois mois plus tard, je monte bidouille et ajuste le film ci-contre. 

Et comme c’est vulnérable, je n’ai qu’une envie : me cacher. 

Mais, voilà, c’est ma voix qui grésille. 

Alors tant pis pour les pixels et la peur. 

Ici se mélange : les images de mon concours d’entrée aux beaux-arts, celles de ma toute première performance la-bas, des images test captées à genoux sur le parquet de ma chambre d’enfant – un mois avant le jour j – , et bien sur les vidéo du 25, prises par Lyall, Nabella et Aurélie. 





Remerciements

Merci à touste celleux qui m’ont accompagné aux beaux arts, celleux sans qui je n’aurais pas pu aller au bout de ce que j’avais à dire, celleux qui m’ont, après coup, apporté tout les retours et les informations que je devais entendre pour tourner, vraiment, definitivement la page : Alix, Coleen, Elsa, Gatou, Juline, Léodi, Lyall, et Nabella. 

Merci au collectif Le Cocon, de m’avoir permis de faire résonner mon texte lors de sa soirée « éclosion » a la Madré Diosa (merci à elleux). Votre accueil m’a permis -me permet- de recevoir un nombre de retours impressionnants, et de confirmer cette intuition: mon expérience n’est pas et n’a jamais éte individuelle.

Merci à toustes celleux qui sont venus me voir, celleux qui m’ont fait de retours, de vive voix ou par écrit. 

Merci à celleux qui m’ont accompagné dans les mois et les années qui ont précédé, sans qui cette performance n’aurait pas vu le jour :  Aubin, Audrey, Armen, Carole, Dominique, Liso, Nabella, Virginie.

Et, pour un peu plus de précisions : 

Merci aux militanx du Massicot qui m’ont accompagné depuis plusieurs mois, voir année, et qui ont fait des kilometres pour me soutenir, et qui sont devenus des amix : Alix, Liso et Lyall. 

Merci à Nabella et Alix d’avoir parlementé pour que je puisse aller jusqu’au bout de mon texte. 

Merci à Juline pour les photos magnifique (autant celles du seum du directeur que celles de ma rage) et pour l’album photo extrêmement complet qui donne une matérialité plus que précieuse à ce projet. 

Merci à Aurelie, Lyall et Nabella : d’avoir capturé les images du 25, de me permettre d’avoir quelques chose à diffuser qui ne soit pas que des mots et des traces figées. 

Merci a Léa, d’avoir été à mes côtés des le premier jour de la rentrée aux beaux-arts, alors que j’étais terrifié par tout le monde, d’avoir filmé ma première performance aux beaux-arts (visible dans le teaser et la captation), et puis, d’être encore là. 

Merci à Dominique pour la moooontagne d’administratif qu’il a fallut faire pour me permettre de faire cette performance avec le moins de risques possible, pour les lectures, relecture et re relectures, d’avoir été l’oreille de mes douze milliards de répétitions, et d’avoir fini par voir les violences. 

Merci à Audrey, mon phare et mon soutient, mon mou envers et contre tout. 

Merci à Aubin, pour la douceur, les pauses, et la présence. 

Merci à Marion Honoré. J’imagine que vous saurez pour quoi je vous remercie. 

Merci à Armen. Merci d’avoir été la voix qui m’a dis que je n’était pas seul dans un océan d’élève-qui-voyaient-pas-le-problème. Merci pour toutes les conversations qui ont nourris mon envie de partir en claquant bruyamment la porte. Merci pour la colère partagée. Merci d’être on my side.

Grâce à vous je peux dire avec tout ce que j’ai de plus apaisé joyeux et serein :

Plus jamais les beaux arts

Ressources

Ci dessous, deux articles concernant la mort de Vincent Honoré, et la responsabilité du Mo.Co. dans cette mort :

Liberation 

Le quotidien de l’art 

Ci-dessous,  l’article qui m’a définitivement décidé à quitter les beaux arts et le monde de l’art et de la culture : 

(Il y a, bien sûr, quelques nuances sur lesquelles je diverge, mais ce texte a été extrêmement important pour moi, notamment dans la compréhension des violences que j’ai subies.) 

Ci dessous, le texte de revendications que j’ai rédigé et que j’évoque plus haut :

Revendications de mesures d’accessibilité en école d’art 

Lantiponne donc :