Hestia hesita – et si t’as

ce texte est une version primaire et brute de « Passeport Lesbien »

« Je viens de finir de feuilleter le fanzine des archives queer. »

« Alors ? »

« J’ai les larmes aux yeux

Et je pense à nous

Je sais pas ce que ce sera la suite

Mais j’ai envie qu’on garde des trace de ce qu’on vit 

J’ai envie qu’on archive qu’elle existe, cette relation trans lesbienne ace enby autiste »

« A ce point ??? »

« Oui. »

« Je viens de réaliser à quel point

À quel point j’ai pas eu de représentation queer

À quel point j’ai été seul

À quel point y’a jamais eu les mots

Je veux garder des traces de nous, et de nos queerness

Je veux diffuser des traces que j’aurais pu lire au lycée

Qui m’auraient fait cramer de jalousie mais qui m’auraient montré que c’est possible »

J’ai rencontré Hestia au Bib.
Des les premiers instants, j’en ai fait une chimère.

et à l’instant suivant, j’ai su que je voudrais écrire.

Pendant ces quelque jours d’éruption d’irruption de relation lesbienne volcanique et sans freins, à chaques instants, je pensais à l’écrire, cette rencontre presque caricaturale – queeraturale.

mais mon corps m’a dis d’attendre et c’était bien je crois.

 « Hero-chimere, mon amour atomique »

j’l’avais écrit sur un sticker – le BPD toujours sur mon épaule

Comme un perroquet de pirate – mais cette fois

on c’est bien débrouillé ensemble

chaque rencontres enflammées de ma vie ont été avec des chimère, que j’ai tissé des corps, parfois des mots que j’avais face à moi, et de mon carburant comburant et briquet – brûlant besoin d’amour, huileuse envie, et imagination – énergie d’activation

mêler mes intuitions à leurs regards, et remplir tout les blanc du questionnaire par des réponses confortables – ou bien romanesques.

aujourd’hui je le navigue sans drames.
Mais les rouages de la marchine, malgré tout, tournent.
Je n’essaie plus à tout prix de la rouiller

– question constante : est-ce qu’il faudrait ?

Avec Hestia, ça c’est accroché emmêlé a sa mâchoire tranchante, à ses cheveux de feux, et au lieux.

C’était un mercredi – hackerspace – à cet endroit qui m’enveloppait tout en me terrifiant, ce boat in a box, radot de sauvetage pour naviguer la mer du numérique, ou j’essayais de prendre racine.
J’animais, tant bien que mal, un moment de Ré-Zine, et elle s’est assise en silence sur un fauteuil de cuire défoncé, les cheveux cramoisi devant les yeux.
Depuis quelques semaines, il y avait cette question lancinante :

qui me plaît ?

elle a été un début de réponse.

Pour la toute première fois de ma vie, j’ai fait le premier pas.
je suis allé vers elle, sereins. Si rejet, sereins.
Ça a peut-être l’air de rien, mais c’était

immense

et puis on as passé la nuit ensemble,

peu à peau, j’ai retrouvé ces sensations perdues au fin fond de ma fin d’adolescence

cet espace juste avant l’écœurement, celui qui entête

j’avais brandit en par-feu, mon ace de pic et mes peurs

cette fois, ça a marché.

Ce jeudi matin la, j’ai marché, mains dans la mains, lesbienne et fière, avec Hestia en chaire, et Sabrina en Tête.

et j’ai pleuré et j’ai écrit sur Sabrina, ce petit corps boîte de pandore que je commence à libérer.
j’ai écrit sur cette chimère d’Hestia qui m’a offert une nuit pour retrouver la clef.

Le port d’embarquement de ce périple lesbien Montpelliérain c’est donc le Bib transféministe , sa poussière et ses rencontres.

Puis il y a eu le Family Pride Festival, où j’ai croisé ma psy, retrouvé océ, et rencontré luciole, en attendant Hestia.

la chimère c’est un peu fissuré quand je l’ai vue sur les marches. Et quand je l’ai suivie le long du tram.

Mais c’est le genre de flamme qui vacille et revient, cette chimère d’Hestia. Alors assis sur la terrasse de la Madrediosa, en la regardant fumer, dans cette soirée d’archives queer, près d’un article ou j’avais écrit combien j’etait seul parmis les queer, petit crip caché que j’étais, j’ai souris.
Parce qu’avec elle, sur cette terrasse, enfin,

aux yeux des autres

j’étais Lesbienne.
Sans l’ombre d’un doute.

Et j’emporterais cette certitude, partout.
elle était déjà là, chaleur dans le plexus solaire, avant que je rencontre Hestia.

Et maintenant, elle flamboie. Je crie sur tout les toits : je suis lesbienne.

Merci Chimère d’Hestia, d’avoir déroulé ça.

Après cela : balade puis escale au parc de l’Ambassade, au dessus de la ville, en suspens.
je suis revenu sur les pas de cet Ethel de 17 ans, hésitant, qui découvrait à peine une ville a étage en dédale et magot de soleil et d’espace.

À 20 ans, voir la ville. Et sourire.

Quelques minutes plus tards, nouveau craquelage de la chimère.
Plus long et lent cette fois.
Hestia en fait, est en bazard. Ça se sent dans ces gestes.
Quand elle bondit, et quand elle mange.

Mon corps s’affaisse – et je me sens exangue, mais la flamme n’est pas éteinte.
Dans les draps et la douceur, j’essaie de ne pas l’étouffer, ce résidu de feu.

Le sommeil vient combler les fissures les craquelures de la chimère.

Aux milieux de la nuit, elle sort fumer. J’enfile mon grand manteau noir brodé d’or en toc et je la rejoins. On s’assoit sous ma fenêtre.
je lui fait écouter ces sons qui me bercent. Je chante, à peine un peu. Mais je chante. Je lui offre au moins cela.
Et je pleure.
Je ne sais pas si elle m’écoute, mais j’ai l’impression que c’est le seul moment de notre périple où je lui parle, vraiment.
je lui raconte en quelques sortes, qu’on m’a utilisé comme un objet. De sexe, et de soins. Je lui dis :

« on prends soins de moi, ou on me perds. »

Elle me perdra. Je le sentais déjà.

et Lendemain, la flamme a repris en vigueur. On parcoure mes rues, mains dans la mains. On s’embrasse on s’étreint. Et je me sens lesbienne, c’est grisant.
Les gens nous trouvent belles.
Je me dis que Sabrina de 15 ans aurait crevé de jalousie en nous voyant.
Je lui réponds que c’est elle qui le vit et qu’elle peut être fière.

Hestia, sait parler. Elle bavarde et répond, rebondit, ris, tisse.
ensemble, on échange des mots avec ces personnes de mon quartier. Ces gens avec qui j’aimerais construire, celleux qui arrosent les plante et organisent les collages.

On achète des Robes, noires, bordeaux, oranges.

Cette femme de la rue de mes balades nocturnes, quand je croyais encore mourir demain, me sourit et me dis qu’elle est heureuse que cette robe pleine de souvenirs et de reflets, soient emportée par moi. Je suis ému.
Hestia me regarde et je me sens vu.

Je me sens, je crois, à ce moment, profondément heureux.

et puis on se replie dans mon nids, et on enfile les satin, les licras et les polyester de soirée ou de bal.

elle est belle.

et moi, j’enfile

du orange.

Pour la première fois depuis

jamais ou presque.

Je ne suis plus, ne serai plus, cet enfant terrifié entraver qui tente de se fondre dans le ciel.
je porte du orange.
Et plus -Atlas- la terre bleue comme un agrume sur mes épaules.

Dorénavant, même en bleu, je ne me fondrais plus.

Éclatant insoluble.

Mais la chimère près de moi fissure à nouveau et Hestia apparaît, de plus en plus,

alors que je sentais le carosse retrouver sa forme de citrouille je lui ai demandé de partir.

Mais elle est lente et laborieuse Hestia, sans la coquille chimère.
Et je n’ose pas lui dire.

Âpres quarante longues et labyrinthique minutes, elle part.

Je m’écroule de fatigue – et je me roule en boule – citrouille.

La flamme galère à rester vive, cette fois. Mais l’Ornitho-Borderline perché sur mon épaule souffle encore dessus. Je n’ai pas fini de vivre ce que j’avais à vivre avec la Chimère d’Hestia.

La dernière escale de l’épopée, c’est à la Base d’action sociale et écologique, qu’elle a lieu. On s’y retrouve pour une rencontre de Sarah Durieux, à propos de comment s’organiser, son dernier livre.
Je sens la main d’Hestia dans la mienne. C’est un moment doux, rassurant, qui sera le premier pas d’une tentative de projets – inter-orga de soins.
Je me sens effervescente et heureux de partager cela avec ma chimère, alors la flamme semble vive, follement vive.
On marche dans les rues, je l’écoute

-écouter Hestia – être réceptacle –

c’était une constante du voyage en terre gouine qu’on a exploré ensemble

Étape dans mon arche – elle fume à ma fenêtre – et s’enchaînent deux moments hors du temps

Elle qui applique son estreva le long de ses avant bras, et me regarde,

moi qui soigne mon tatouage au torse, et la regarde

Trans Lebiennes Hors du temps

et puis ce moment où je l’entraîne au cœur au creux de la fontaine d’Antigone pour voir le ciel sans immeubles, le dos à plat au sol – ancré.
ce moment où elle choisit la ligne des vignt-et-uns pilotes comme bande son.
alors qu’il y a un ans je voulais, si profondément mourrir

-mon corps est sur la ligne-

je suis vivant

-I can feel the sunshine on my face-

et je veux vivre

il y a l’immensité minuscule du ciel étoilé de mai sous mes yeux, tout autour de mon corps, et cette mélodie dans mes os.

puis la chimère est la, alors mon ventre ne s’affole pas, pas tant, au moindre passage des passants.

en vélo, quelqu’un approche, passe, revient, s’excuse, et nous dis « magnifique moment » puis s’enfuit.

j’ai souris.

Elle a loupé son tram.
je l’ai mise dans un uber, et je suis rentrée, les zygomatiques courbaturés.

je suis vivant.

et la flamme c’est éteint.

La chimère c’est détachée d’un coup d’Hestia, et elle est revenue en moi.

j’étais complet, apaisé, et le périple avait trouvé sa destination dans les étoiles de ce mecredi matin-nuit.

– une semaine chrono pour une relation lesbienne dans les règles de l’art –

Le lendemain, comme si la trame de l’univers avait senti que ce nouvel apaisement me permettrais de tanker une dinguerie, j’ai vécu un éboulement. Le radiateur qui me tombe sur la gueule en cyclone.

Hestia était en retard. Et la chimère l’avais quitté. Nous n’étions plus que des cendres où rien ne reste à consumer. Prête à faire de l’engrais de cette cendre que j’avais vécu.

Cognitivement, ça a mis un peu plus longtemps à s’ancrer.
mais ce soir la, j’ai bel et bien dis adieux à Hestia.

Fin de l’épopée saphique.

je remporte en souvenir de voyage un porte-clef-psydre pour me souvenir que je suis encore en vie, une tasse à café pour écoper les désastres, mon agentivité en cartes à jouer,

et une playlist « dans 21 avions »

Je ne suis pas fier de cette histoire de chimère.
Ce n’est, ni ce en quoi je crois, ni quelque chose de bon.
Ce que c’est, c’est quelque chose qui me traverse, et qui quand on le réprime, devient poignard dans le dos et dague dans la plaie.
Au fil de temps, j’essaie d’apprendre à en faire un adjuvant,

plutôt qu’un antagoniste.

Lantiponne donc :