Hêtre Anchaire

Pour faire suite à votre demande de reconnaissance d’existence dans l’espace, dont vous avez déposé le dossier (ayant pour référence 631 – 93 – E ) auprès du Comité de Reconnaissance Des Existences, et au vu des entretiens que vous avez eus avec le Service d’Analyse des Existences dans l’Espace, 

Je vous confirme que le dispositif « Procédure de reconnaissance de l’existence d’individus» sera mis en place (Décret n°.13-73 Codifié) en vue de permettre le constat et la reconnaissance de votre existence, ainsi que de vous attribuer l’espace ou vous êtes autorisé à l’effectuer. 

Vous serez recontacté dans les plus bref délais. 

C’était 

  les petits caractères sur la carte d’identité, 

Cette virgule oubliée, au milieu des prénoms, 

Ces quelques lettres et chiffres de numérotation.

Hêtre Anchaire, 

                            Administrativement, cet ailleurs de tout le monde.

Hêtre Anchaire avait contacté le ministère de l’existence, et essuyé les refus. 

-il est lourd le torchon trempé de sueur – des illusions perdues- 

Pas moins de 176 lettre de réponse jonchaient le sol de son salon. De nos salons aussi, par extension. 

176 fois, Hêtre Anchaire avait été renvoyé : du Service de Régulation de l’Existence, à celui de l’Attribution Des Espaces, en passant par le Bureau des Plaintes – alinéa Attributions de Matière. 

Mais sans peur et sans relâche, l’admonestration l’avait systématiquement renvoyé, 176 fois, à son existence sur le fils. Rembarré dans les cordes, au bords de l’échafaud.  

Hêtre anchaire en novlangue évincée – 

Était     –     Est.    –     A été – parmis les administres missives – renvoyé joncher le sol. 

Le sol de vos salons. 

Hêtre Anchaire était ce compagnon de solitude, toujours plus seul que vous. Celui qui fait relativiser

qui ne fait même pas grincer le plancher. 

Celui qu’on regarde sans même le voir,

Celui qui se prend la marche du trottoir. 

C’était un prétexte qu’on graille tout cru, Classé sans suite sitôt cuit.

C’était la saveur du calcaire, celle de la glace vanille en sous marque submarine, qui flirte avec la pellicule de poussière, sur le carrelage fade d’un supermarché.

Le goût du rein, rien, arène, aride. 

Bouillie sans sel et sans arômes.

Dégaine de Gabarit sur qui on projette tout – sans corps encore et sans panache. 

H.Anchaire, 

Vu le décret du Tertre-trois Tertembre Mille-cent-ter  portant  règlement d’administration publique pour l’exécution de la loi précitée : 

Nous sommes au regret de vous informer que vous avez enfreint les limites de votre espace d’existence en haussant la voix. 

Veuillez comparaître le 33 novembre Mille-cent-treize au Tribunal d’instance de l’Existence, afin que les rares espaces d’existence qui vous avaient été accordés vous soient retirés

Alors, Gérance, Gestion, Intendance et Régie 

-Chevalières Réprobante des Sinistres Admis- 

Ce sont lassé

Et laissé emporter.

Elles ont lavé la tête d’Hêtre Anchaire

 – pas encore assez monotone – à l’acétone – 

(Le priant d’agréer, bien sûr, l’expression de leur mépris le plus distingué)

Et puis, elle ont administrés quelques gélules 

de sels d’acide spectrograde

-hop la, de force, dans la trachée –

Souvenirs diffus. 

Rafale de vent. 

Dans un pli de novembre, bruineux, dégoulinant, 

face aux reflux et au refus – et torves épouvants 

Atteinte à l’encéphale- 

Hêtre Anchaire 

  défenestré 

  s’est dilué

éventé dans une flaque 

-il n’était plus que flasque- 

absorbé par du talc 

et dispersé en cendres 

Ne reste qu’une arrête qui traîne, sur le pavé. 

Sans corps et sans visage : colonne vertébrale exempte de carne .     vide d’envie. 

Parmi les rares écale qu’il fréquentait : 

Celles qui ne sortent plus, celles qui ne mangent plus, 

-Parce que tout est trop dur quand on te lime les dents 

Et parce que c’est trop rude les pavés glissants – 

Parmi ces rares écales, 

personne 

ne l’a jamais revu

Captation

Musique : Whales – Aubin Comet


lire un échantillon des 176 lettre


Première version

C’était les petits caractères sur la carte d’identité

Hêtre Anchaire, 

                            Administrativement, cet ailleurs de tout le monde. 

Sans corps et sans visage : une colonne vertébrale exempte de chaire et de mouvement.

C’était un prétexte mangé tout cru, Classé sans suite sitôt cuit.

C’était le goût du calcaire, celui de la glace vanille de supermarché.

Le goût du rein, rien, arène, aride. 

Bouillie sans sel et sans arômes.

C’était cette forme sur qui on projette tout, sans corps encore et sans panache. 

Hêtre Anchaire avait contacté le ministère de l’existence, et essuyé les refus. 

Pas moins de 176 lettre de réponse jonchaient le sol de son salon. De nos salons aussi, par extension. 

176 fois, Hêtre Anchaire avait été renvoyé : du Service de Régulation de l’Existence, à celui de l’Attribution Des Espaces, en passant par le Bureau des Plaintes liées aux Attributions de Matière. 

Mais sans peur et sans relâche, l’administration l’avait systématiquement renvoyé à son existence sur le fils. Renvoyé joncher le sol du salon avec ses lettres. 

Le sol de vos salons. 

Hêtre Anchaire était ce compagnon de solitude, toujours plus seul que vous. Celui qui fait relativiser. 

Celui qu’on regarde sans même le voir. 

Celui qui se prend la marche du trottoir. 

Un jours face a tant de refus, Hêtre Anchaire s’est dilué. 

C’était un jour de brume. 

Parmi les rares âmes seules qu’il fréquentait : 

Celles qui ne sortent plus, celles qui ne mangent plus, 

Parce que tout est trop dur dans un monde si violent; 

Parce que tout est trop dur sans aménagements

Parmi ces âmes seules, personne ne l’a jamais revu

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